Narcisse et les miroirs

Sortie de résidence proposée par la Compagnie BAL en partenariat avec la Cie Le Grain de Sable.

Théâtre musical – Tout public

Thierry Vincent, après Tombés du ciel, pour sa sixième comédie jardinière, adapte une nouvelle fois au théâtre les Métamorphoses du poète latin Ovide et reprend la légende de Narcisse et d’Echo.

Narcisse ou l’Art d’aimer est l’occasion de parler des rapports amoureux d’aujourd’hui, de la société du spectacle et de ses travers les plus visibles, comme ces selfies, inépuisables réserves de comédie.

NARCISSE, UN MYTHE INTEMPOREL ET TELLEMENT CONTEMPORAIN

Qui mieux que Narcisse incarne cette frénésie actuelle de l’image de soi ? Le fameux « quart d’heure de célébrité » fait pâle figure face aux incessantes et chatoyantes mises en scène de nos quotidiens pourtant parfois bien plats. Le nombrilisme a changé de dimension, démultiplié par Facebook, le « Livre des visages », et autres réseaux sociaux ?…

Dans la société du spectacle, il semble qu’à l’instar du mythe, il n’y ait pas de différence entre être et paraître, qu’ils tendent à ne former plus qu’un. A fortiori, lorsqu’un homme aussi avisé que le devin Tirésias répond avec prudence, à la naissance du jeune Narcisse, qu’ « il atteindra un âge avancé, s’il ne se connaît pas. » Or, Narcisse découvre les traits de son visage à la surface de l’eau et tombe amoureux de son apparence. Au début, l’espoir est permis, il croit avoir affaire à un inconnu. Mais une fois l’illusion dissipée, il parvient à la connaissance de lui-même et dans la fine fleur de l’âge, meurt de comprendre qu’il ne pourra se détacher de son apparence. Son être disparaît dévoré par son paraître. Dès lors, comment s’en préserver ?

Le mythe met ainsi en lumière le fragile équilibre du développement personnel, toujours menacé par l’hubris et le repli sur soi : Aime-toi et les autres t’aimeront… mais pas trop quand même. Connaistoi toi-même… mais intéresse-toi au monde. Sois désiré, admiré (c’est bon pour l’ego)… mais pas au point d’en faire souffrir les autres et de soulever leur colère et haine. Alors finalement pour déjouer tous ces paradoxes, quelle plus simple (autant que sage) injonction que « d’aimer ton prochain comme toi-même. » ?

LE MOT DU METTEUR-EN-SCÈNE

Quand le théâtre se penche sur Narcisse que voit-il ? Lui-même ?
Souhaitons que non, espérons qu’il arrive à voir l’autre, celui qui est à portée de voix.
Ce sera une vieille histoire remise au goût du jour, où Echo et Narcisse se réconcilieront en public.

Et sans crainte des malédictions, genre sept ans de malheur, nous jouerons à briser, froisser les miroirs, l’enchainement aux apparences, à rire de nos susceptibilités, et de notre dépendance à l’image animée mais sans âme, aux like, aux ★ pour conjuguer le verbe aimer de la plus simple des façons mais qui brûle les doigts.

Thierry Vincent

Étiquettes :

Date

14 Avr 2022
Expired!

Heure

19h00

Catégories

Spectacle,
Tout public
Disciplines