Lundi 14 octobre 2019

Organisé par l'Entre-Pont dans le cadre du dispositf des résidences accompagnées.
> 19h
Entrée : participation libre (2€ adhésion annuelle à l'Entre-Pont)

Sortie de résidence du Théâtre Variable 2
Direction artistique & mise en scène : Keti Irubetagoyena

"Ça raconte Sarah"

L’histoire d’une passion amoureuse, le récit à la première personne d’un amour fou et dévorant entre deux femmes.
Sur un rythme effréné, on embarque dans l’émotion brutale d’un amour dévorant qui prend corps dans l’acte même de manger .

Le diptyque de lectures performées des romans Ça raconte Sarah et Mise en pièces constitue le premier objet du cycle Manger que le Théâtre Variable n°2 consacre à l’alimentation et aux enjeux que celle-ci porte dans le rapport de chacun.e à soi et au monde.

Signés de la plume de deux jeunes autrices, Pauline Delabroy-Allard et Nina Léger, également saluées par la critique, ces textes explorent chacun à leur façon le thème de la dévoration.

Sur un rythme effréné, Ça raconte Sarah embarque dans l’émotion brutale d’une passion dévorante qui prend corps dans l’acte même de manger ; en toute liberté, Mise en pièces parle avec beaucoup d’humour d’une addiction aussi dévorante que dévoratrice aux fellations.

Approches différentes d’un même thème, ces textes entrent en écho l’un avec l’autre par ce qu’ils racontent (osent raconter) d’une réinvention des identités sexuelles et amoureuses traditionnellement données à lire et à entendre.

Ces lectures performées font le choix premier du verbe, dans un rapport simple et direct au public. Dans ce théâtre vide, ramené à son essence : un texte + un.e interprète, la poésie des images choisies par les autrices, leur minutieux travail du rythme et des sonorités, mis en voix et en jeu par les interprètes, ramènent les spectateurs à la puissance de l’oralité.

Ce diptyque offre au public l’expérience de deux formes différentes de réception, étroitement liées à la nature des récits proposés. Ça raconte Sarah confronte à la douce impudeur d’une intimité dévoilée dans la plus grande proximité. Dans Mise en pièces, l’amplification et l’accompagnement musical permettent des effets contradictoires de mise à distance et de rapprochements troubles, indispensables à l’humour pince-sans-rire du roman.

 

Pour cette résidence accompagnée, la compagnie a choisit de travailler "Ça raconte Sarah" de Pauline Delabroy-Allard

L’histoire d’une passion amoureuse, le récit à la première personne d’un amour fou et dévorant entre deux femmes.

Note d ’intention

Une salle de classe, ou de réunion. Le dispositif est simple : un rectangle de tables autour desquelles sont assis le public et l’actrice, seule, à un bout. Sa voix, son souffle, le livre, des tupperwares. Sous la table : un four — et rien d’autre.

Alors qu’elle se fait narratrice de cette folle passion comme un professeur lirait un texte choisi à ses élèves, jouant autant de la rondeur et de la simplicité de ces récits que de la tension propre aux histoires d’amour dont on se doute qu’elles finiront mal, l’interprète cuisine.
Une simple tarte aux pommes, une recette de grand-mère, de ces plats de dimanche si régulièrement décrits dans le roman : Ça raconte Sarah narre une dévoration mais c’est aussi le portrait d’un rapport affamé à la vie.

Comme les amoureuses du texte choisi, l’interprète pioche dans les tupperware puis dans les aliments présents sur la table, les ingurgite, les tranche ou en use de façon plus poétique, farine flottant dans l’air, pâte collant aux doigts… Presque mine de rien, les personnages et les lieux s’incarnent dans cette geste alimentaire.

Sons, odeurs, matériaux jouent avec le discours et le spectacle oscille de scènes des plus réalistes à des fragments de textes tout juste mis en voix, portés ou contredits par les bruits de découpe et de cuisson.

Le livre trône parmi les ingrédients, souillé de gras et de taches de fruits. Le récit s’abîme, comme sa narratrice. Et tandis que l’odeur de tarte emplit l’espace étroit de la salle, l’être dévorée délire au creux de son lit.

« Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole : S.»

Ça raconte Sarah a été publié aux Éditions de Minuit en septembre 2018 et a été unanimement salué par la critique. Il est lauréat des prix Liste Goncourt : le choix polonais et le choix de la Roumanie, lauréat du Prix Goucourt : le choix suisse. Il a également reçu le Prix "Envoyé par La Poste" 2018, le Prix des libraires de Nancy et des journalistes du Point 2018, le Prix du roman des étudiants France-Culture-Télérama 2018 ainsi que le Prix du Style 2018